Handicapés, ils ne veulent plus vivre sous le seuil de pauvreté
La première Conférence nationale du handicap doit être ouverte mardi 10 juin par Nicolas Sarkozy. Les associations demandent un « revenu d'existence » au moins égal au montant du smic
Pour Nicolas Sarkozy, c’est l’heure du « grand oral de rattrapage ». C’est en tout cas ce que les associations qui défendent la cause du handicap attendent du président de la République, qui doit s’exprimer mardi 10 juin en ouverture de la Conférence nationale du handicap, à Paris.
Réunies au sein du collectif Ni pauvre, ni soumis (1), ces associations ont jugé en effet insuffisantes les annonces faites par le chef de l’État quelques jours avant la grande manifestation nationale organisée le 29 mars à Paris. Ce jour-là, environ 35 000 personnes handicapées étaient venues de toute la France réclamer le droit de ne «pas passer toute leur vie au-dessous du seuil de pauvreté». Une démonstration de force qui va nécessairement peser sur la conférence organisée le 10 juin.
73% des personnes en situation de handicap affirment n'avoir ressenti aucune amélioration
Tout en reconnaissant que cette loi constitue une réelle avancée, les associations font valoir que l’on a encore du mal à en percevoir les effets : ainsi, 73 % des personnes en situation de handicap affirment n’avoir ressenti aucune amélioration dans leur vie quotidienne depuis l’adoption de ce texte, selon un sondage (2) réalisé par l’Association des paralysés de France(APF). Passage en revue des principaux thèmes qui seront au cœur de la conférence.
Un droit à compensation pas toujours efficace
Financée par la journée de solidarité (1,3 milliard d’euros versés depuis trois ans aux départements), cette PCH est versée aujourd’hui à près de 30 000 adultes handicapés pour un montant moyen de 1 300 € par mois. Soit, insiste le ministère de la solidarité, le double des sommes allouées avec la précédente allocation compensation pour tierce personne (ACTP). « Pour les personnes les plus lourdement handicapées, l’aide peut même financer une présence 24 heures sur 24 pour des montants mensuels pouvant atteindre plus de 8 000 € », précise le ministère.
Si cette nouvelle prestation est reconnue comme un progrès réel par les associations, celles-ci estiment toutefois qu’en l’état, elle ne permet pas une compensation « intégrale et équitable » sur l’ensemble du territoire. « La procédure d’attribution de la PCH reste lourde et complexe, et, d’un département à l’autre, le dispositif ne fonctionne pas avec la même efficacité. Surtout, on a instauré des plafonnements et des forfaits qui entraînent parfois un reste à charge extrêmement lourd pour les familles », souligne Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’Association française contre les myopathies(AFM).
Cette responsable réclame aussi l’engagement d’une concertation sur l’encadrement du prix des aides techniques. «Car aujourd’hui, dénonce-t-elle, certains fabricants de fauteuils électriques proposent des prix absolument exorbitants.»
Des ressources encore insuffisantes
Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis une revalorisation de l’AAH de 25 % sur cinq ans. Juste avant la grande manifestation du 29 mars, le président de la République a annoncé un coup de pouce de 5 % pour l’année 2008. Ce qui lui permet d’affirmer que, pour l’instant, il a tenu ses engagements.
« Mais cela reste insuffisant. Même avec 25 % de revalorisation sur cinq ans, les personnes continueront à vivre au-dessous du seuil de pauvreté, ce qui n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre », estime Jean-Marie Barbier, président de l’APF. Le collectif Ni pauvre, ni soumisréclame donc la mise en place d’un « revenu d’existence de remplacement » qui soit égal au montant du smic brut (1 308,88 € brut par mois, soit environ 1 000 € net).
« Il est normal que les personnes qui ne peuvent pas travailler en raison de leur handicap touchent la même chose que les personnes qui sont en capacité de travailler », argumente Jean-Marie Barbier. Étant donné le contexte budgétaire, il y a peu de chances toutefois que cette demande soit acceptée par le gouvernement.
Un taux de chômage qui reste très élevé
Depuis 2006, l’administration est soumise aux mêmes règles que le secteur privé. Mais le taux d’emploi des personnes handicapées reste à 2,7 % dans le privé et à 3,1 % dans le public. En mars, Nicolas Sarkozy a annoncé sa volonté de lancer un « pacte national pour l’emploi des personnes handicapées », dont il devrait préciser les contours mardi 10 juin.
Des progrès au niveau de la scolarisation
L’accessibilité, un chantier qui prend du retard
Bref, le chantier est immense et aura du mal à être bouclé dans les temps, selon les associations. « Aujourd’hui, on est encore dans la phase des diagnostics visant à évaluer l’ampleur des travaux. Et dans beaucoup d’endroits, on ne trouve pas suffisamment de professionnels compétents pour les réaliser », souligne Jean-Marie Barbier.
Pierre BIENVAULT
(1) Ce collectif regroupe une centaine d’associations œuvrant dans le champ sanitaire ou celui du handicap, parmi lesquelles l’APF, l’AFM, l’Unapei , la Fnath …
(2) Sondage Ifop réalisé du 30 au 31 mai auprès de 402 personnes, échantillon représentatif des adhérents de l’APF.
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