Handicap: Sarkozy insiste à nouveau sur l'accès à l'emploi et à la formation
S'exprimant devant la première conférence nationale du handicap à Paris, le président de la République a invité "l'ensemble de la société à changer de regard sur ceux qui sont différents", demandant par exemple que plus d'enfants handicapés soient accueillis dans les écoles et que les entreprises respectent l'obligation d'embaucher des personnes handicapées.
Il a annoncé la construction de 50.000 places en établissements "en cinq ans" pour contribuer à mettre fin au scandale des "15.000 enfants et 12.000 adultes (...) inscrits sur des listes d'attente", ce qui constituait la seule annonce précisément chiffrée d'un discours de trois quarts d'heure.
Il a par ailleurs annoncé que le mécanisme permettant le cumul de l'allocation adulte handicapé (AAH) d'un montant de 628 euros et les revenus du travail serait revu "dans la prochaine loi de finances" qui sera votée avant la fin de l'année. Il n'a pas indiqué les modalités de cette réforme qui pourrait concerner les 270.000 travailleurs bénéficiaires de l'allocation, mais "c'est plutôt bien", a salué Arnaud de Brocca, secrétaire général de la FNATH (association des accidentés de la vie). Pourtant, "c'est presque la seule mesure concrète, ce qui fait que je reste sur ma faim sur un plan plus général", a ajouté ce dernier.
Plus dure, l'Association des paralysés de France (APF) a dénoncé "une approche condescendante", "aucune annonce concrète en matière de vie à domicile, de scolarisation et d'accessibilité" et "une conception partielle, catégorielle et très insuffisante en matière de ressources". Dans un communiqué, l'APF réclame notamment qu'on crée un revenu d'existence égal au SMIC brut pour les handicapés ne pouvant pas ou plus travailler et l'assouplissement dès le 1er juillet des critères d'accès au complément de ressources de l'AAH.
Fernard Tournant, président de l'Association adultes et jeunes handicapés (APAJH), a salué l'annonce sur les 50.000 places et la "détermination" de M. Sarkozy concernant l'accès à l'emploi. En revanche, a-t-il dit sur France Inter, il a vu un "point négatif" dans la question des ressources. Alors que l'AAH, qui se monte pour l'heure à 628 euros, devrait être revalorisée, "les personnes restent dans une situation de très grande précarité", a-t-il déploré.
Le chef de l'Etat a par ailleurs exposé son opposition à la règle "inacceptable" qui veut qu'un handicapé reste sans emploi pendant un an pour pouvoir accéder à l'AAH. Le ministre du Travail Xavier Bertrand a ensuite précisé que cette condition, également dénoncée par les associations de personnes handicapées regroupées dans le collectif "Ni pauvres, ni soumis", avait été "supprimée" "pour que les personnes handicapées qui ont la possibilité de travailler ne soient plus pénalisées". Quant au montant de l'AAH, M. Sarkozy s'est contenté de confirmer sa promesse de le relever de 25% en cinq ans.
Nicolas Sarkozy s'est surtout étendu sur les grands principes, affirmant que "pour abattre les murs du handicap, il faut permettre aux handicapés d'être des citoyens actifs" et que "la société change de regard sur ceux qui sont différents". "Qu'est-ce qui aide à vivre?", s'est-il interrogé, avant de répondre que "c'est qu'un gosse qui a un handicap puisse aller à l'école avec d'autres et qu'un adulte puisse aller au travail avec d'autres".
"La scolarisation des enfants handicapés avec des enfants valides (était) la priorité" parce que "un enfant qui a appris à vivre avec un enfant handicapé (...) deviendra un adulte et un citoyen qui aura intégré que le handicap n'est pas quelque chose de menaçant", a-t-il affirmé, promettant de "nouveaux progrès" pour la rentrée 2008.
"Il n'est plus admissible que ces personnes se heurtent aux plus grandes difficultés pour accéder à une formation ou à un emploi", a encore martelé le président. Concernant l'emploi, "il faut débloquer les choses" parce que "nombreuses sont les entreprises qui continuent de préférer payer des amendes plutôt que d'embaucher une personne handicapée", a-t-il constaté, "c'est invraisemblable". "Je ne plaisante pas sur cette question", a-t-il assuré. Il s'est engagé à veiller à ce que le seuil de 6% de travailleurs handicapés soit atteint dans toutes les entreprises comme le prévoit la loi.
Enfin, M. Sarkozy a annoncé "une réforme totale de la formation professionnelle", avec comme objectif de "résoudre le problème du manque de qualification des personnes âgées". La fusion entre l'ANPE et les Assedic devra y contribuer, a-t-il dit. AP