Martin Hirsch veut "généraliser le revenu de solidarité active avant la mi-année 2009"
Bugul : Que pensez-vous de la déclaration de Patrick Devedjian à propos du Revenu de solidarité active (RSA) ?
Martin Hirsch : M. Devedjian a dit des choses avec lesquelles je suis d'accord. Et une avec laquelle je ne suis pas d'accord.
Je ne suis pas d'accord quand il dit qu'une personne qui, en plus de son salaire, percevrait un complément de RSA serait transformée en assistée. Nous en avons parlé hier soir, et je pense l'avoir en partie convaincu.
Mais j'ai été invité à exposer ma position devant la convention sociale de l'UMP ce matin, et j'ai l'impression d'avoir été bien compris.
ANTONELLA : En partie, et l'autre ?
Monique : Démissionnerez-vous si le RSA est remis en question ?
Martin Hirsch : Le RSA est en train de se construire. Depuis le début, il essaie de concilier différents impératifs qui, jusqu'à présent, étaient contradictoires.
Et ce que je fais depuis trois ans, c'est de chercher une voie qui convienne aux différents syndicats comme aux organisations patronales, aux associations de lutte contre l'exclusion comme aux associations familiales, aux conseils généraux comme à l'Etat, et si possible à la droite comme à la gauche. C'est très normal qu'il y ait débat.
Arrêtons-nous une seconde sur la question la plus sensible. Il y a beaucoup de travailleurs pauvres en France. Le RSA va leur apporter un complément de revenu. Certains pensent que c'est très normal parce que ça va améliorer leur situation financière rapidement ; d'autres craignent que cela dispense les employeurs de faire un effort sur les rémunérations.
C'est un des points les plus sensibles, parce qu'il faut trouver le moyen à la fois d'améliorer tout de suite la situation des travailleurs pauvres sans dédouaner les employeurs de leurs responsabilités. Le débat sur ce sujet permettra de traiter la question.
J'ai envie de demander à Monique si elle a envie que le RSA soit mis en place. Je dis cela parce que souvent, on me pose la question de l'échec, comme s'il était souhaité.
Moi, je suis très clair : on m'a demandé de venir pour faire le RSA, et mon travail est de faire le meilleur RSA possible.
Thierry : Le financement du RSA par la prime pour l'emploi : n'est-ce pas une redistribution de l'aide entre pauvres ?
Martin Hirsch : Le financement du RSA se fera par un budget nouveau qui s'ajoutera aux aides actuelles, y compris la prime pour l'emploi. C'est ce qui a été affirmé par le président de la République à la fin du mois d'avril. Et c'est ce que je demandais.
La somme sera probablement de 1,5 milliard d'euros, qui ira à la fois vers les travailleurs pauvres, les salariés modestes et les allocataires de minima sociaux qui reprennent du travail.
Pour donner un ordre de grandeur, la dernière fois qu'on a consacré une somme de cette ampleur à ces catégories de la population, c'est en 2000, avec la création de la couverture-maladie universelle.
Parallèlement, il y a un sujet de recentrage de la prime pour l'emploi, dont une partie va vers les 50 % de la population qui ont les revenus les plus élevés.
Depuis trois ans, je fais partie de ceux qui plaident pour que la prime pour l'emploi soit mieux concentrée sur ceux qui en ont le plus besoin.
C'est un sujet de discussion avec la droite, avec la gauche, avec les syndicats. L'objectif est de trouver dans les trois semaines qui viennent une nouvelle répartition de la prime pour l'emploi qui soit reconnue comme plus juste par tous ces acteurs.
JG : Je suis au smic depuis des années. Demain, mon patron embauche au smic quelqu'un qui a droit au RSA ; va-t-il, globalement, gagner plus que moi ? Et si oui, pourquoi n'y ai-je pas droit aussi ?
Martin Hirsch : La réponse est que vous y aurez droit aussi. Vous avez mis le doigt sur la vraie force du RSA.
C'est qu'à travail égal et à situation familiale équivalente, il faut garantir les mêmes revenus, qu'on soit ou non passé par une période difficile au RMI ou au chômage.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut des sommes nouvelles pour le RSA, pour des personnes qui sont déjà au travail et qui ne doivent pas se faire "doubler" par celles et ceux qui reprendraient un emploi au même salaire.
ANTONELLA : Quel seuil admettez-vous pour le versement du RSA ?
Martin Hirsch : La discussion n'est pas encore close, parce que cela dépend de la réponse qu'on apportera à la prime pour l'emploi. Mais c'est probablement un peu au-dessus du smic, peut-être vers 1,2 smic.
JBoss : Quand se termine la période de RSA ? A ce moment-là, le salarié va-t-il gagner moins ou alors a-t-il des aides à vie ?
Martin Hirsch : Nous avons conçu le RSA pour qu'il soit versé tant que nécessaire. La manière logique de ne plus avoir besoin du RSA, c'est de voir son salaire augmenté, ou de passer à un temps complet, par exemple, d'avoir acquis une qualification qui fait augmenter la rémunération.
De la même façon qu'on peut percevoir des aides au logement tant que les revenus le justifient, on pourra percevoir un complément de revenu de solidarité active aussi longtemps que nécessaire.
Donc ni une date-couperet qui est le système actuel, où l'on cumule RMI et salaire pendant quelques mois avant de voir ses revenus chuter, ni un système à vie.
Solène : Le RSA dans sa phase expérimentale est géré par la CAF (Caisse d'allocations familiales). En sera-t-il de même pour la généralisation ou est-ce qu'il y aura un appel d'offres ? Ne pensez-vous pas que les Assedic ou le nouvel opérateur seraient plus performants ?
Martin Hirsch : Les CAF auront certainement un rôle important, parce qu'elles versent déjà les allocations familiales, les aides au logement et le RMI. Et puis ce sont elles qui ont la meilleure connaissance de l'ensemble des revenus.
Le nouvel opérateur, lui, sera d'abord mobilisé pour accompagner dans l'emploi ceux qui perçoivent le RSA et qui ont besoin de trouver ou retrouver du travail.
Il y aura une discussion pour savoir si, dans certains cas, le versement se fera via le nouvel opérateur dans le cadre d'une convention avec les CAF.
Elie Arié : Où en est ton objectif chiffré de diminuer d'un tiers, d'ici à 2012, le nombre de pauvres ? Définitivement abandonné ?
Martin Hirsch : Non, c'est définitivement acté. La pauvreté avait cessé de diminuer depuis à peu près dix ans. Au regard de la richesse de la France et du montant de ses dépenses sociales, nous devrions avoir un taux de pauvreté plus faible.
Nous savons que le RSA permettra de faire une partie du chemin. De même que la revalorisation de l'allocation pour adulte handicapé et que l'amélioration de la situation de l'emploi. Je fais tout pour que cet objectif soit atteint.