Down Up et les personnes en situation de handicap : intégrer !

Publié le par octapeh

Tirer vers le haut et aguerrir est le credo de l’association départementale et indépendante Down Up. Ses membres estiment que placer dans la vie ordinaire les enfants et adultes en situation de handicap permet de développer compétences et capacités. Au prix d’un travail difficile certes, au prix de peurs et de résistances… mais pour un épanouissement qui lui, justement, n’a pas de prix.

« Avant, avoir un enfant porteur de trisomie 21 était une honte, une punition divine. Le jeune était condamné à suivre une filière spécialisée… »
L’association Down Up, aidée par le conseil général, approche depuis 1981 les enfants de manière différente. « On les a sortis, on les a montrés. On a lutté pour qu’ils intègrent le milieu ordinaire », expliquent les parents qui ont créé la structure. Objectif : tirer vers le haut et aguerrir « parce qu’il ne faut pas présumer dès le départ qu’ils ne sont pas capables de lire et écrire. » Éléonore Laloux, Mario Huchette et tous ceux dont les parents ont voulu « qu’ils vivent au milieu des autres », démontent ainsi les préjugés et arrachent les étiquettes (voir nos encadrés). « Nous voulons leur donner toutes les possibilités de s’exprimer et de se réaliser. C’est simplement le respect de la personne humaine… » L’assocation Down Up, présidée par M. Laloux, a donc renversé des murs. Elle a réussi à faire accepter les jeunes en situation de handicap dans les écoles primaires, puis dans un collège, dans un lycée et enfin dans le monde du travail ordinaire. Une vraie filière, ponctuée du travail coopératif des enseignants, des auxiliaires de vie scolaire, de l’équipe de professionnels de santé, de professionnels en entreprise. Une filière creusée par des parents « très partie prenante dans l’éducation de leurs enfants », qui se battent depuis vingt à trente ans et qui voient la victoire dans les yeux de leurs jeunes. « Nous ne sommes pas écervelés ; le jeune trisomique sera toujours un jeune trisomique. Mais il a des compétences qu’il faut savoir lever. Après tout, nous avons tous des handicaps ! »

Service facturation en cliniques
Éléonore, cette fille en or

« J’adore ce que je fais ! Comme je dis souvent à mes parents, j’ai le plaisir de travailler. Je viens ici pour le fun ! » Éléonore Laloux, 22 ans, employée en CDI au service facturation des cliniques Bon-Secours et Sainte-Catherine-lès-Arras, est enthousiaste. Elle adore son métier. Elle s’occupe du courrier, classe alphabétiquement les dossiers, réalise mille et une tâches et se fait aduler par ses collègues. « C’est notre rayon de soleil », s’exclame Isabelle Caron, sa voisine de bureau. C’est Éléonore, la fille en or.

« Au départ, on était réticentes, par méconnaissance… » Catherine Lecompte responsable du service et Isabelle Caron, facturière, se souviennent du projet né il y a trois ans et demi. Le lycée Baudimont - Saint-Charles proposait à la clinique d’accueillir en stage en alternance une jeune fille à efficience intellectuelle différente. L’idée semblait invraisemblable. Pourtant, au bout de quinze jours, les salariées du service étaient conquises.
« Aujourd’hui, on ne peut imaginer le service sans Éléonore. Elle est ouverte, intelligente, a une vraie conscience professionnelle et fait son travail avec cœur. » Elle est aussi « bluffante ! » C’est le moins qu’on puisse dire. Beaucoup d’humour, de clarté, de bon sens ! « L’éducation de ses parents y fait beaucoup… avance Isabelle Caron. À la maison, les parents retravaillent les hésitations de la journée. » De chaque part, la transformation est bouleversante. Éléonore a appréhendé le second degré, elle s’est socialisée davantage, son comportement a progressé. Ses collègues également. Tous, de la lingère aux hôtesses, ont évolué. Leur regard sur le monde du handicap a profondément changé. Apparemment pas encore celui des personnes extérieures, croisées dans le hall. « Aujourd’hui, je soutiens leur regard, explique Isabelle Caron, je sais qu’il fait mal. » Rien d’étonnant dès lors que la facturière soit la « poupounette » d’Éléonore, qu’elle soit classée 1re au top des meilleures collègues. « Mais je m’entends bien avec toutes, nuance la jeune fille en or. Presque tout le monde est gentil avec moi. Bien sûr, certaines m’énervent, mais je ne vais pas leur dire ! » Éléonore regarde autour d’elle et, mutine, part d’un grand éclat de rire…

Lycée Baudimont-Saint-Charles d’Arras
Mario : filière administrative

« Ce sont des ados comme les autres ! » Claire Callens, responsable de l’UPI, l’unité pédagogique d'intégration au lycée professionnel Baudimont Saint-Charles, reconnaît que les élèves déficients intellectuels participent à la vie de l’établissement comme les autres jeunes. « Ils sont inscrits aux mêmes clubs, font des bêtises et des progrès comme d’autres lycéens. » Une des seules différences est peut-être qu’ils sont – tous – vraiment contents d’être en classe et qu’ils ont une motivation à toute épreuve. Mario Huchette, porteur de trisomie 21, est l’un deux. Après ses deux années de cycle d’adaptation – le temps de découvrir ses goûts et compétences – il a opté parmi toutes les filières proposées pour un cursus administratif.

Mario s’applique. Avec minutie, avec attention, il termine de rédiger un autoportrait. À ses côtés, veille édith Debuisson, le professeur de français, et la précieuse auxiliaire de vie. L’équipe enseignante du lycée s’est investie dans l’aventure. Durant certaines heures, les jeunes sont intégrés en classe ordinaire ; durant d’autres, ils sont regroupés. Lise-Marie De Reu, professeur en bureautique, se souvient : « Avant que n’ouvre l’unité pédagogique au lycée, il était difficile de croire à l’intégration d’un jeune porteur de trisomie… » En 2005, elle s’est laissé convaincre par un parent d’élève. « Je l’ai beaucoup écouté et j’y ai cru ! » Aujourd’hui, non seulement elle est convaincue de l’efficacité de cette intégration mais elle vient de terminer un Master 2 Recherche sur le cas d’adolescents porteurs de la trisomie 21 en formation professionnelle. « Pour le plaisir ! » précise-t-elle. Désormais à Baudimont - Saint-Charles, les jeunes en situation de handicap peuvent suivre différentes formations : dans le secteur de la restauration, de l’hygiène, de l’animalerie et… dans le secteur tertiaire.

La formidable avancée
Quand on les interroge sur le mélange des élèves, déficients et non-déficients, Lise-Marie De Reu et Claire Callens sourient : « Il n’y a aucun souci, un travail d’information est fait à la rentrée, en assemblée générale et dans les classes par le professeur principal… Très vite, personne ne fait plus attention aux différences. C’est une formidable avancée ! »
L’enthousiasme des professeurs ne faiblit pas, même si l’intégration de ces jeunes « extraordinaires » dixit Mme De Reu remet en question les cours préparés et la manière de travailler. Même s’il a fallu réfléchir sur de nouvelles pratiques et réapprendre la patience. « En définitive, tout le monde en bénéficie ! Ce que nous apprenons en classe d’intégration, nous l’appliquons ensuite à tous les élèves ! »

 

Rens. Down Up
18, bd de Strasbourg
62000 Arras
Tél. 03 21 48 61 14.
L’association va créer un Service d’accompagnement à la vie sociale.
http://www.downup.asso.fr

Marie-Pierre Griffon
L'Echo du Pas-de-Calais n°94 - Juillet-Août 2008

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Publié dans ASSOCIATIONS

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