Accueil des handicapés : « Du mieux, mais des écueils très lourds »
Trois ans après la loi sur les droits des personnes handicapées, où en
est-on de l’obligation d’accueil de ces enfants au sein de l’institution scolaire ? Le bilan paraît mitigé. Pour la
Fédération nationale des
associations au service des élèves présentant un handicap (FNASEPH), « il y a un vrai changement de culture à l’école. Le refus strict n’existe plus. » En effet, en six rentrées, le nombre de jeunes handicapés inscrits dans des établissements ordinaires des premier et second degrés a quasiment doublé, dépassant, l’an dernier, les 160 000.
Si le vote du 11 février 2005 a indiscutablement accéléré le processus, en gravant le principe de l’intégration scolaire dans le marbre de la loi, celui-ci était en route depuis plusieurs années, principalement grâce à la mobilisation des associations. On assiste, toutefois, à « un premier tassement de la scolarisation dans le premier degré », constate Emmanuel Guichardaz, du SNUIPP-FSU. Dans le secondaire, en revanche, la progression se poursuit.
« La loi a permis de rattraper un retard accumulé mais nous sommes dans un contexte de restrictions budgétaires sévères et les mesures annoncées fin juillet concernant le recrutement de 2 000 auxiliaires de vie scolaire (AVS) seront, par conséquent, financées par redéploiement », rappelle Bruno Mer, responsable collège au SNES-FSU.
Si la volonté d’améliorer les conditions d’accueil des élèves handicapés n’est pas contestée par les milieux associatif et syndical, celui-ci qualifie le bilan de positif « mais avec des écueils très lourds ». Et de dénoncer un « système dans lequel on frise l’amateurisme en termes d’évaluation des besoins ». C’est aujourd’hui le sort du personnel accompagnant scolaire des enfants en situation de handicap qui préoccupe syndicats et associations. Le SNUIPP et le SNES pour la FSU, le SGEN-CFDT, la FNASEPH et l’UNAISSE (Union nationale pour l’avenir de l’inclusion scolaire, sociale et éducative) sont d’ailleurs à l’initiative d’une pétition adressée au premier ministre et ayant recueilli, en quelques semaines, plus de 10 000 signatures.
L’objectif : alerter sur la situation des 15 000 personnels qui, « tous statuts confondus, exercent auprès des élèves en situation de handicap une mission essentielle en les accompagnant dans leur accès à l’autonomie ». Qu’ils soient assistants d’éducation ou en contrats aidés (CAE, CAV), tous ont un statut précaire, d’une durée de six mois à six ans, avec temps partiel imposé et des salaires qui se situent entre 500 et 800 euros.
Les pétitionnaires demandent une série de mesures d’urgence et des engagements à long terme, parmi lesquels la pérennisation des missions d’accompagnement avec une formation adaptée, la reconnaissance d’un véritable métier de l’accompagnement scolaire et la fin de la situation de précarité en ouvrant la discussion sur le devenir de ces personnels. Des sujets qui restent tabous au ministère de l’Éducation nationale.
Ludovic Tomas