Épernay Handicap : des entreprises sautent l'obstacle

Publié le par octapeh



. Embaucher des travailleurs handicapés n'est plus un obstacle. Certaines entreprises comme le centre vinicole Nicolas-Feuillatte montrent l'exemple.

«TOUT le monde peut être handicapé à un moment de sa vie active. » Une personne sur quatre de manière durable ou réversible, selon les statistiques. Marie Puginier, conseillère à l'ANPE chargée du travail des handicapés, a effectué 79 placements successifs en 2008 pour 56 demandeurs d'emploi. Ils sont 3.000 dans la Marne. Les personnes à mobilité réduite, en fauteuil roulant, ne représentent que 5 % de l'ensemble des handicapés.
Des entreprises du bassin d'emploi d'Epernay, comme le centre vinicole Nicolas-Feuillatte de Chouilly, au service de plus de 500 viticulteurs et adhérents, ont pris conscience de ce potentiel humain. Pour Frédéric Burgun, directeur général-adjoint, l'intégration et l'aide aux personnes en difficulté font partie des valeurs de la coopérative. C'est à ce titre que l'entreprise a participé à la création de la maison de l'emploi d'Epernay et sa région et parraine chaque année des jeunes en difficulté. L'insertion des travailleurs handicapés participe de la même démarche avec un appel régulier pendant des années aux centres d'aide par le travail pour travailler sur les chaînes de surconditionnement. « Notre mission est d'aider les gens à s'intégrer. »
Sept personnes handicapées sont employées dans le centre vinicole qui élabore 25 millions de bouteilles, soit 8 % du volume de la Champagne.
Comme Charly Hourblain, cariste. Ce Sparnacien de 23 ans est né avec un bras en moins. Recruté chez Manpower en janvier, il a fait 15 jours d'essai. Il est toujours là. Un chariot a même été équipé d'un aménagement spécial et amovible, pour qu'il puisse manipuler les montées et levées en évitant le mal de dos.
« Il a surmonté son handicap, travaille comme tout autre cariste et a convaincu ses collègues, même ceux qui l'attendaient au virage », souligne Thierry Gomerieux, directeur de production et œnologue. Aux vendanges, Charly était sur le pont à brancher les tuyaux, ouvrir les vannes. « Ça a été dur pour lui, mais il a voulu faire ses preuves et on lui a fait confiance. » Charly est ravi de son intégration. « Les collègues, les chefs : on m'a pris comme si je

n'avais pas de handicap. Ça m'a redonné confiance. »
« Favoriser l'épanouissement »
La coopérative avait besoin d'une responsable de la gestion du service maintenance d'une quinzaine de personnes.
Parmi trois candidats, Nathalie Clément, de Verneuil, souffrant à 35 ans de troubles musculo-squelettiques, a été envoyée par Cap Emploi, elle a été retenue. Elle venait de suivre une formation de secrétaire viti-vinicole, polyvalente en informatique et anglais et a été prise en CDI. « Ces troubles, c'est le mal des caissières, métier que j'exerçais avant. Je souffre en permanence, surtout quand j'ai froid. Je suis toujours couverte. Mais on s'habitue à la douleur. » Elle est également atteinte de fibromialgie, maladie non reconnue.
« On a tout fait pour qu'elle s'intègre dans cette équipe d'hommes. Il a fallu qu'elle trouve ses marques », relève Thierry Gomerieux.
Des aides réinjectées
Pour Frédéric Burgun, « dans tous les cas, on a fait abstraction du handicap : chacun est reconnu pour son travail, trouve sa place et apporte de la valeur ajoutée à l'entreprise ». Ici, les aides touchées pour l'emploi d'handicapés sont réinjectées en totalité dans la formation.
En interne, la maison favorise l'épanouissement personnel en améliorant les conditions de travail, en mettant en place des plans de formation individualisés. « On a aussi créé depuis 2 ans un observatoire de climat social, très original, pour évaluer les tensions. » Une façon de développer le dialogue social. « Nous veillons à ce que nos 230 collaborateurs se trouvent le mieux possible. »
Un quart des salariés fumaient. Grâce à un programme de formation et de sensibilisation aux addictions, la moitié a entrepris une démarche d'arrêt et une quinzaine de salariés ont arrêté.
Bouchons d'oreille personnalisés filtrant le bruit environnant par puce électronique pour chaque employé, lunettes de sécurité correctrices pour les problèmes de vision, évitant le désagrément des sur-lunettes : tout est fait pour le bien-être des salariés. L'art contemporain s'affiche même dans les caves, pour ouvrir l'esprit sur autre chose que le travail quotidien.
Fabienne Nouira-Huet
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Publié dans Emploi

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