Handicap : les entreprises avancent à petits pas

Publié le par octapeh

Alors que démarre la semaine pour l'emploi des personnes handicapées, le bilan des entreprises en matière d'insertion est mitigé.

Quelque 280.000 travailleurs handicapés cherchaient un emploi en 2005. Ils sont moins de 225.000 aujourd'hui, selon des chiffres de l'ANPE repris par l'Adapt (Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées). La loi du 11 février 2005 relative à l'insertion des personnes handicapées est sans doute passée par là. Le texte stipule qu'à compter du 1er janvier 2010 certaines entreprises, particulièrement à la traîne, pourraient payer une amende allant jusqu'à 1.500 fois le taux horaire du SMIC par salarié manquant. En outre, répondre aux appels d'offres sur le marché public pourrait leur être interdit. De quoi inquiéter. « Nous observons une mobilisation forte de la part des entreprises pour satisfaire ces obligations », remarque Laurent Cocquebert, directeur général de l'Adapt. De fait, nombre de grands groupes ont mis en place une mission handicap. Des chartes se signent. Et de nombreux employeurs affichent une politique volontariste. A l'instar de La Poste, qui s'engage à recruter 600 personnes handicapées sur des emplois stables et à plein temps.

Pourtant, alors qu'a démarré, hier, la semaine pour l'emploi des personnes handicapées, seules 45 % des sociétés françaises emploient 6 % de travailleurs handicapés, conformément à la loi. Le sujet n'est pas simple. D'autant que le vocable de « handicap » abrite un éventail de situations disparates.

Travail de sensibilisation

Autre obstacle, « la formation est un point bloquant », estime Robert Ostermann, directeur général de la société d'intérim Adia. Dans 80 % des cas, les personnes handicapées n'ont guère mieux qu'un BEP à offrir. Pour contourner ce phénomène, plusieurs caisses régionales du Groupe Caisse d'Epargne se sont lancées dans le recrutement par simulation, afin d'évaluer les performances de candidats en situation de travail et non leurs diplômes.

D'autres sociétés développent leurs dispositifs de formation. La Poste et sept groupes bancaires, dont HSBC, ont participé à la création d'Handiformabanque, une association qui forme aux métiers de la banque. Suez, La Poste, GDF, la Macif et EADS soutiennent par ailleurs la création d'une chaire de la diversité à Dauphine notamment pour sensibiliser les étudiants.

Car une fois le salarié handicapé embauché, son insertion ne va pas toujours de soi. « Dans le cas où l'état de santé implique des contraintes médicales, le handicap peut devenir une charge, ce qui exige un management éclairé », estime Christine Bargain, directrice du projet diversité et handicap de La Poste. Les entreprises pionnières, comme Areva, s'affairent donc au maintien de ces populations dans leur poste. Leurs efforts s'ajoutent à un travail quotidien de sensibilisation des salariés. Des affiches à l'intranet en passant par les récompenses ou la formation, tous les moyens sont bons pour changer les regards. La Poste a, par exemple, créé en interne un trophée pour distinguer les équipes qui facilitent l'accessibilité des salariés handicapés dans l'entreprise. De son côté, la société de restauration Sodexo propose une formation à base de théâtre pour expliquer, entre autres, comment se comporter lors d'un entretien avec une personne handicapée. « Par notre action, nous espérons aussi rassurer les personnes qui ont un handicap. Car elles ont tout intérêt à le dire », explique Brigitte Dormion, en charge de la diversité chez Sodexo. En effet, relativise Jérôme Adam, cofondateur d'Easylife Conseil : « Le handicap, c'est une contrainte à gérer, comme peut l'être un manager irascible. Il faut sortir des raisonnements classiques. »

Pour Philippe Lengrand, secrétaire général adjoint de la CFDT Ile-de-France en charge du handicap : « La grande bataille doit se mener aujourd'hui dans les entreprises de 20 à 100 salariés. » En France, elles seraient 27.000 à n'avoir entamé aucune action sur le sujet. Déjà, l'Agefiph, qui collecte les contributions des entreprises, se mobilise pour qu'elles initient une démarche : « Quand une première action est menée, une autre en découle », estime Tanguy Du Chéné, président de l'Agefiph.

Mais la route est encore longue : les travailleurs handicapés ne représentent que 4,5 % des effectifs du privé et leur taux de chômage est de 17 %, soit plus de deux fois la moyenne nationale.

VALÉRIE NOËL
Publicité

Publié dans Emploi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article