Fontaine, je boirai de ton eau - Information Handicap.fr

Publié le par octapeh

Handicap.fr : C'est quoi le Collectif des Démocrates Handicapés ?
Jean-Louis Fontaine : Le CDH a été créé en 2000 pour permettre la prise en compte du handicap au niveau politique. On avait tendance à « faire pleurer dans les chaumières » en exhibant quelques personnes handicapées mais sans qu'il ne se passe grand-chose sur le terrain. Nous agissons donc comme un parti politique qui tente de susciter les débats sur notre société, sans pour autant défendre un point de vue communautarisme. Nous voulons une société accessible à tous, à commencer par un domaine vital comme l'emploi. Il y a des moments où l'on ne peut plus se permettre de rester discret. Et nous sommes capables de taper du poing sur la table s'il le faut.

Handicap.fr : Quelles sont vos priorités ?
JLF : Nous ne défendons pas seulement l'accessibilité physique : c'est ce qui se remarque le plus mais ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus important. Nous voulons que les personnes handicapées deviennent des citoyens à part entière. Il y a encore tant de choses à défendre dans ce domaine car elles restent en première ligne dans les situations économiques précaires : gratuité des soins, scandales des franchises médicales... Vous vous rendez compte que, contrairement à 15 autres pays, la France n'a toujours pas ratifié la Convention internationale des droits des personnes handicapées alors qu'elle a été un des premiers pays à la signer en mars 2007. C'est notre combat prioritaire et nous comptons bien interpeler le chef de l'Etat sur ce sujet. Elle promet de grandes avancées en matière de scolarité ou d'accès gratuit aux soins, ce qui suppose des moyens financiers conséquents. Alors on comprend pourquoi notre gouvernement n'est pas très pressé...

Handicap.fr : Mais en effet, le handicap coute cher ! Alors comment faire pour mener à bien toutes ces actions ?
JLF : Vous savez, le handicap génère aussi beaucoup d'argent. Ils sont nombreux à vivre grassement du handicap, notamment dans le domaine pharmaceutique, alors que je connais peu de personnes handicapées qui vivent grassement. La majorité d'entre elles vit en dessous du seuil de pauvreté.

Handicap.fr : Etes-vous vous-même handicapé ? Vos membres le sont-ils ?
JLF : Oui, je me déplace en fauteuil roulant et la plupart de nos membres le sont aussi ou sont touchés par le handicap dans leur famille. Vous savez, si on prend la définition du handicap, 11.3 millions de personnes sont concernées. Mais certains de nos membres sont aussi des élus sympathisants et donc pas directement concernés à titre personnel. Le CDH rassemble environ 500 membres et nous sommes sur une pente ascendante.

Handicap.fr : De quelle manière le CDH s'implique-t-il?
JLF : Il tente d'être présent lors de toutes les grandes échéances politiques, y compris les élections présidentielles. En 2007, j'étais directeur de campagne mais nous n'avons pas rassemblé assez de signatures pour pouvoir nous présenter. Nous serons engagés pour les élections européennes de 2009 et les régionales de 2010. Nous avons également des élus qui nous soutiennent à l'Assemblée et au Sénat, de très bons relais qui permettent de faire entendre notre voix au cœur des réseaux politiques influents. Il y aura de plus en plus de questions dans les années qui viennent.

Handicap.fr : Pourquoi ? Vous avez le sentiment que les élus sont de plus en plus sensibles à ces questions ?
JLF : Oui, c'est certain et, une fois encore, quelle que soit leur étiquette politique. Même si il en y a une poignée pour lesquels nous restons très « vigilants ». Certains s'avèrent assez « dangereux » ; ils profitent des séances de nuit, et donc lorsqu'il n'y a pas grand monde, pour soumettre des amendements relatifs aux personnes handicapées. Si nous n'avions pas certains élus responsables pour nous alerter, des lois inacceptables seraient passées.

Handicap.fr : Vous sous-entendez qu'il existe des élus « handiphobes » ?
JLF : Je dis surtout qu'ils subissent des pressions de certains lobbies. Il existe dans certains secteurs (bâtiment, pharmacie, laboratoires...) des groupes de pression importants qui continuent de jouer un grand rôle dans l'hémicycle même si, évidemment, la majorité des élus n'en croquent pas !

Handicap.fr : Quelle est la différence entre une association et un « mouvement d'action politique » comme le vôtre
JLF : Les associations interviennent sur des revendications précises et catégorielles, souvent pour défendre en priorité les intérêts de leurs adhérents. Ce que je ne critique absolument pas d'ailleurs. La plupart de nos membres militent aussi dans des associations. Notre mouvement politique a une vision plus globale et revendique une société pour tous, avec la volonté d'un message très fort à l'intention des politiques. Nous n'avons pas d'intérêts financiers, ce qui nous laisse plus libre d'agir. Nos actions s'adressent directement aux décideurs. Mais il arrive aussi que le CDH se fasse le relais d'associations qui ont du mal à se faire entendre.

Handicap.fr : Le CDH affiche-t-il une couleur politique ?
JLF : Certainement pas ! Il y a chez nous des gens de tous bords, aussi bien de l'UMP que de la ligue communiste. Nous sommes très tolérants et ouverts. Notre mission c'est d'essayer de créer un consensus national sur les problèmes liés au handicap. Nous sommes un courant humaniste au sens noble du terme, et solidaire, ni pro ni anti quoi que ce soit ! Nous nous servons du terrain politique car c'est là que tout se décide.

Handicap.fr : Avez-vous le sentiment que les choses évoluent en faveur des personnes handicapées ?
JLF : Je ne vais pas prétendre le contraire. Il y a eu la grande loi en 2005. Mais vous vous rendez-compte que c'était la première réforme depuis 1975. Presque deux générations ont du subir cette inertie. Poser un cadre, c'est très bien mais il reste encore plein d'aménagements nécessaires et les délais d'applications s'avèrent trop lointains. L'esprit de la loi est là mais il y a encore du beaucoup à faire... Tant qu'on ne sera pas arrivé à une totale banalisation du handicap, je ne serai pas satisfait !

Handicap.fr : Quel regard le CDH porte-t-il sur l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis ?
JLF: Le CDH se félicite officiellement de cette élection. En inscrivant le retrait des troupes américaines d'Irak dans son programme, il a fait preuve d'un engagement certain pour la paix. Plus de 50 millions d'américains sont handicapés, dont beaucoup victimes des guerres menées par leur pays. Le CDH est donc très heureux de ce choix populaire incontestable, en espérant qu'il amènera nos démocraties européennes à mieux prendre en considération leurs minorités. Est-il besoin de préciser que la moitié des personnes handicapées, aux Etats-Unis, ont un emploi alors, qu'en France, elles connaissent, dans leur grande majorité, le chômage et la précarité. Espérons que le Président Obama saura répondre aux espérances qu'il a suscitées dans son pays et au-delà. C'est un grand jour pour l'Humanité !

Propos recueuillis par Emmanuelle Dal'Secco

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Publié dans ASSOCIATIONS

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