Sport et handicap : fais-nous rêver… et fais-les lutter

Publié le par octapeh

Le lutteur mooschois Gilles Braun, éducateur spécialisé, qui entraîne notamment des lutteurs handicapés mentaux, était hier à Paris pour le lancement de la « Pépinière sport et handicap ».

Depuis plus de dix ans, l’Agence pour l’éducation par le sport pilote un dispositif national baptisé « Fais-nous rêver », qui vise à valoriser des initiatives locales d’éducation et d’insertion par le sport. Dans ce contexte, Gilles Braun, 50 ans, domicilié à Husseren-Wesserling, entraîneur de lutte, arbitre international et président du Club athletic de Moosch, avait monté un dossier, dans le cadre de l’action qu’il mène au quotidien, en faveur de la lutte adaptée.

Presqu’un sacerdoce

Ancien champion de lutte, Gilles Braun est aussi éducateur spécialisé, à l’Institut Saint-André de Cernay, où il est chef de service à l’ESAT (Établissement et service d’aide par le travail), l’ex-CAT. Pour permettre aux handicapés mentaux de s’exprimer dans les meilleures conditions, il a créé en 2005 le Club athletic de Moosch, indépendamment de la section de lutte de la société Espérance de cette même commune de la vallée de Saint-Amarin, où il a passé 28 ans.
Pour Gilles Braun, la lutte est plus qu’une passion. C’est presque un sacerdoce. Il vit pour ce sport et il le vit intensément. À tel point qu’il envisage à présent de créer une section handisport, en plus de la lutte adaptée, pour pouvoir également accueillir des handicapés physiques de toute la vallée et contribuer à leur intégration, par le sport.
Même si cette activité dispose à Moosch d’une salle de lutte parfaitement adaptée, il reste des détails importants à gérer, notamment pour assurer le transport des lutteurs handicapés, entre Saint-André et Moosch : « Au début c’était relativement facile à gérer, car nous n’étions pas très nombreux. Or, actuellement, nous en sommes à 35 lutteurs, de tous âges, de 12 à 54 ans, des établissements Saint-André à Cernay et Saint-Joseph à Thann. C’est en partie pour trouver ces aides nécessaires que j’ai monté en 2006 un dossier, dans le cadre de l’opération Fais-nous rêver. Comme je n’avais plus de nouvelles, je m’étais dit que d’autres initiatives avaient été choisies. C’est vraiment une bonne surprise. »

« Il faut les freiner à l’entraînement… »

Gilles Braun, qui est secondé par Marguerite Locatelli, car il y a aussi des lutteuses, s’efforce d’entraîner ensemble les lutteurs handicapés et les autres : « Tout le monde y trouve son compte, physiquement et moralement. Pour les sportifs handicapés, il s’agit de gagner en autonomie, pour qu’ils puissent se débrouiller seuls, notamment pour leur transport. Dans cette optique, l’arrivée du tram-train constituera un gain appréciable. Pour les autres, c’est une école de la vie, de l’humilité. »
Sur le tapis de lutte, Gilles Braun travaille surtout la condition physique : « C’est souvent ce qui manque le plus aux handicapés. Ils apprennent aussi à se repérer dans le temps et à se projeter vers l’avenir, en gérant leurs efforts. La lutte stimule leurs capacités physiques et leur coordination, contribuant à faire évoluer leur comportement, à les valoriser, à développer l’appartenance à un groupe. En compétition, le résultat est secondaire. Le plus important, c’est le contact avec la pratique sportive. Lorsqu’ils perdent un combat, ils sont souvent plus contents que les vainqueurs, car ils ont pris du plaisir. C’est leur plaisir, mais aussi le nôtre. Leur enthousiasme fait plaisir à voir. Alors qu’il faut pousser les lutteurs valides, à l’entraînement, les handicapés, il faut plutôt les freiner. »

 

Jean-Michel Cuenot

Publicité

Publié dans Loisirs et Handicap

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article