Dans cette cuisine, c'est uniquement dans l'assiette qu'on sent la différence

Publié le par octapeh

Favoriser l'accès des handicapés au monde du travail est une condition essentielle de leur insertion sociale et de leur autonomie. À chaque gouvernement son opinion et surtout ses promesses sur la question. Pour, au final, pas grand-chose de mis en oeuvre... C'est un constat dont peuvent fort bien témoigner Julien Benalouane, fringant jeune homme de 23 ans atteint de trisomie, et sa famille. Quand bien même leur route a heureusement croisé celle de Patrice Demarcq, le talentueux chef de l'Auberge Fontenoise, dont l'altruisme s'exerce aussi bien aux fourneaux que dans la vie...

 

PAR HUBERT FÉRET

 Le chemin de croix. C'est ce qu'a connu Julien avant de pouvoir mettre son professionnalisme au service du restaurant de Patrice Demarcq.

C'est Marie-France, sa maman, qui raconte : « Il est sorti de l'IMPro à 20 ans. Et là, on nous a dit qu'avant d'intégrer un CAT (centre d'aide par le travail), il y en avait pour cinq à six ans d'attente ! » Ça peut paraître hallucinant, mais dans le quotidien d'une famille touchée par le handicap, c'est malheureusement d'une féroce banalité. « Et pour beaucoup de jeunes, ça s'arrête là. Parce que les parents n'ont pas la force de se battre, et que personne ne viendra les y inciter !

 » Mais Marie-France, elle, n'est pas du genre à renoncer. Alors aura-t-elle, sur les conseils d'une amie travaillant dans une UPI (unité pédagogique d'intégration), Marie-Claire Constant, remué ciel et terre pour faire que Julien accomplisse son rêve : décrocher un stage et travailler dans la restauration. À la fougue de cette mère est venue se greffer la mobilisation de plusieurs interlocuteurs de choix : Bernard Dumortier, directeur du lycée La Sagesse ; Bruno Cordelois, responsable pédagogique, et Christiane Landorique, directrice du centre de formation des apprentis. C'est elle qui a présenté Julien à Patrice Demarcq.

Le chef se souvient de sa première réaction : « On s'est bien entendu posé des tas de questions. Qu'est-ce qu'il allait faire ? Est-ce que sa présence ne réclamerait pas une trop grande attention... ? » Légitime. Et puis : « C'est un vrai passionné ! Il connaît ses recettes par coeur. Ça fait du bien de voir des gamins comme ça dans la profession ! Il est toujours attentif et appliqué. Quand je lui demande de me faire des haricots extra-fins, je sais que je n'aurai pas besoin d'aller vérifier s'ils le seront !

 » Ce qui a sans doute le plus surpris la chef, c'est « la facilité avec laquelle Julien s'est intégré à l'équipe  », et réciproquement. « Ici, il n'y a pas de handicap, pas de différence. Julien est un salarié comme les autres, souvent même plus énergique et volontaire que les autres ! » Plus que satisfait, le patron ! Au point de se faire maintenant l'ambassadeur de l'emploi des handicapés dans l'hôtellerie-restauration : « J'ai envie que la profession porte un autre regard sur eux. Et puis j'ai été surpris par le peu de démarches qu'il a fallu accomplir, je croyais que ça serait plus fastidieux ! » Le hic, c'est que le stage de Julien s'achève en octobre. « Il n'en dort pas ! », souffle Marie-France. « On ne laissera pas un gamin de confiance et aussi talentueux dans la nature, la rassure Patrice Demarcq. Et puis Julien, c'est notre rayon de soleil ! » Lequel continuera ainsi sûrement de briller du côté de Fontaine-Notre-Dame.

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Publié dans Emploi

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