Pour Myriame, trisomique, son Valentin, c'est Sébastien

Publié le par octapeh

Le couple, catholique, veut vraiment se marier, mais dit rencontrer des difficultés pour faire accepter cette idée auprès des institutions. Les Papillons blancs insistent sur la nécessité d'une prise en charge
Les histoires d'amour, en cette veille de Saint-Valentin, on pourrait en conter des milliers. Celle de Myriame Derbal et de Sébastien Buffenoir a ceci de particulier que la jeune femme est trisomique. À 32 et 30 ans, ils ont décidé de se marier. Pas si simple.

Regards complices, main dans la main, sur un manège, place du Martroi, à Orléans. L'amour est là, indéniablement. Cet amour met un baume sur les blessures de vie de Sébastien, orphelin et handicapé physique léger : « Pendant très longtemps, j'ai souffert de ne pas avoir été aimé. Je viens de la Dass. Épouser Myriame, c'est avoir une famille et repartir dans la vie. » Cet amour émerveille Myriame, qui travaille au conditionnement dans un établissement et service d'aide au travail (Esat), à Fleury-les-Aubrais, et vit en semaine au foyer des Papillons blancs de l'Adapei (association départementale de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis). « J'ai vraiment envie de vivre avec Sébastien, dit Myriame. Avec lui, j'ai retrouvé de la force morale et je peux à nouveau sortir. Ce handicap est lourd pour moi. Mais je suis capable d'effectuer des actes comme les gens normaux. J'écris des poèmes, je danse, je chante, je nage... »

« Il y a une lueur »
Le couple, catholique, s'est connu il y a sept mois. Un peu tôt pour parler mariage, même si leurs relations sont intimes ? « Le mariage, je ne dis pas non, mais il ne se fera que si c'est possible. On a le temps d'y penser, mais ils se projettent. Il faut qu'ils mettent tous les atouts de leur côté », explique Anne-Marie Abita, 70 ans, maman de Myriame. Et que Sébastien, qui a connu la rue et des moments psychologiquement difficiles, se réadapte dans la durée à la société.

« Le mariage, c'est presque la carotte pour avancer ! Il faut qu'ils montrent de quoi ils sont capables. Tout le monde est sceptique, pas moi, je les connais. Il y a une lueur, un espoir : autant leur donner une chance », veut croire Anne-Marie Abita, qui, réaliste, tient aussi à ce que sa fille continue d'être suivie par les Papillons blancs et d'être sous tutelle. « Horaires, argent ne parlent pas au trisomiques. Ils ont des limites sur la gestion de leur vie au quotidien », explique Jean-Marc Chaud, de l'association Geist 21 (Groupe d'étude et d'insertion sociale des personnes trisomiques 21).

Le mariage, c'est aussi construire une famille. À deux, car Myriame ne pourra avoir d'enfants. Sébastien l'a intégré : « Il y a un risque sur deux d'avoir un enfant trisomique. Pour nous, ça serait vraiment trop dur et nous préférons rester ainsi bien tranquillement. »

Réflexions désobligeantes
Le jour de Noël, après la messe, à la paroisse Saint-Yves d'Orléans-La Source, Sébastien a effectué sa demande en mariage : « Ce lieu est important dans notre vie. Quand on n'est pas bien, on va dans cette église. Myriame y a vécu des moments intenses en y étant baptisée, elle y a fait sa communion et sa confirmation. » Sébastien a aussi offert à son amoureuse une poupée en robe de mariée et une bague de fiançailles.

Depuis, le couple a été confronté aux réserves d'institutions, au regard des autres, aux réflexions désobligeantes. Du genre : « Sébastien ne veut-il pas profiter de l'occasion ? » ; « Est-ce qu'ils s'aiment vraiment ? » ; « Combien de temps durerait leur mariage ? » Difficile de prédire l'avenir, certes, mais Anne-Marie Abita rétorque : « Combien de couples ordinaires se séparent ? Les gens cataloguent, ne cherchent pas à comprendre. » Des amis se sont détournés : « Je n'ai jamais caché que j'étais avec une femme trisomique. L'attitude de certains de mes anciens amis m'a ouvert les yeux. Le fait de vivre avec Myriame n'est pas pour moi un handicap », insiste Sébastien.

Lui, continue de prendre soin d'elle, de la chercher à la sortie de son travail, le vendredi soir, et de l'amener à la maison de sa maman, à La Source. Pour la Saint-Valentin, il offrira le resto à Myriame, et, elle, a obtenu de son éducatrice et de sa tutrice 50 euros pour que le couple se rende à l'hôtel. La première fois qu'ils ne resteront pas chez Anne-Marie Abita. Une étape de plus, gagnée à force de volonté et d'amour !
A-M Coursimault - J-M Schneider

Publicité

Publié dans société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article