Aux écuries de la Blanche à Bailleul, le handicap n'est pas un obstacle
1er mai 1999, mai 2009. Voilà dix ans, les Écuries de La Blanche voyaient le jour. Au départ de cette aventure, on retrouve un petit bout de femme, énergique et passionnée, Véronique Sulfourt.
Cette éducatrice spécialisée depuis trente ans dans la réinsertion de personnes en difficulté, ancienne cavalière émérite, se lance alors dans un pari, au départ quelque peu insensé : l'idée de la création d'un centre à vocation sociale et thérapeutique, avec le cheval pour médiateur. « Ça me trottait dans la tête depuis un moment. Il n'existait pas de lieu spécialisé dans la région, pour ce type d'accueil. Rien n'aurait été possible cependant sans le soutien de la famille, de mon mari en particulier, lui-même directeur d'un centre spécialisé ».
À partir de ce consensus familial et d'un investissement en fonds propres, est acquise la ferme qui abrite aujourd'hui le centre équestre. Les débuts sont épiques, deux poneys et un cheval garnissent les boxes, alors qu'aujourd'hui ils sont soixante-dix. Dans la foulée, Véronique crée l'association Adapt Equit. L'association a pour objet de rendre accessible la pratique de l'équitation aux personnes handicapées, sous toutes ses formes, ou encore en difficulté sociale ou professionnelle. Adapt Equit a reçu l'agrément de deux fédérations, la FFH (fédération française handisport), pour les handicapés moteur, et la FFSA (fédération française sports adaptés), qui concerne plus spécialement les déficients intellectuels.
L'essor s'est avéré spectaculaire, les Écuries de La Blanche accueillent désormais chaque semaine cent dix personnes en situation de handicap, ou en difficulté d'insertion sociale. Véronique Sulfort s'enthousiasme : « Nous sommes devenus une référence en terme de sport adapté. Avec l'aide du comité régional d'équitation, nous venons d'ailleurs d'organiser une journée de sélection pour le championnat de France. Une vingtaine de cavaliers se sont ainsi qualifiés pour la phase finale, qui se déroulera le dernier week-end de juin à Pompadour. Parallèlement, nous diversifions et multiplions nos activités. Nous accueillons par exemple, dans le cadre d'une formation à l'équithérapie, des stagiaires venus de tous les horizons : cavaliers, éducateurs, kinés, ou encore infirmiers ».
La maîtresse des lieux, qui ne ménage non plus pas son temps dans la recherche de fonds nécessaires au développement de son entreprise, renchérit : « Avec l'aide de la Fondation de France et d'une banque, nous avons ouvert un jardin thérapeutique, qui accueille, en compagnie d'éducateurs, des familles en situation précaire ».
De même, en 2003, avec le soutien du ministère de la Justice et du conseil général, c'est un projet de centre d'accueil de jour, pour adolescents délinquants, qui a pris naissance. « Nous avons un autre projet de réinsertion sociale et professionnelle, avec le grand espoir de le voir se réaliser bientôt. » L'aide peut prendre aussi d'autres formes. La Fondation Mac Donald's a récemment fait le don à l'association d'un chariot d'attelage, et la Fondation Decathlon a doté l'écurie d'équipements propres à l'équitation, tels que de la sellerie.
La deuxième activité proprement dite des Écuries de La Blanche, concerne le Poney-Club. Sous une forme classique, et qui compte à ce jour cent cinquante adhérents. « Au départ, je n'étais pas très emballée à cette idée », en convient Véronique Sulfourt, « mais, de par sa structure, il permet le contact entre enfants différents. Finalement ça se passe super-bien. C'est un pur bonheur. Tout cela ne serait pas possible si je n'étais pas entourée d'une équipe extraordinaire ». Composée d'une monitrice d'éducation, d'un éducateur spécialisé, d'un groom et de deux palefreniers, l'équipe devrait recevoir le renfort, en septembre, d'un nouvel enseignant d'éducation.
Ce qui ne sera pas de trop pour gérer la troisième activité du centre équestre. Celle qui concerne la fille de Véronique, Juliette Faligot. À son évocation, ses yeux pétillent : « Quel parcours ! Je l'ai mise en selle à 2 ans, et à 7 ans elle remportait son premier concours poney. En 2006, elle est devenue championne de France des jeunes cavalières, en selle sur Hezer de Bréotière ».
Juliette, désormais cavalière professionnelle, et suivie par un maître d'équitation, participe à des concours de haut niveau. Avec un emploi du temps pour le moins chargé : douze à quinze chevaux à monter chaque jour, ceux de l'élevage familial, mais aussi ceux de propriétaires qui lui font confiance. Elle vient d'ailleurs de terminer sixième du grand prix du Touquet, avec le tout bon Jasmin de Sivry. L'avenir appartient à Juliette, qui pourra également compter sur le prometteur Chelana Z, ainsi que sur deux autres très bons chevaux, propriétés d'amis de la région parisienne.
Par ailleurs, l'association devrait fêter ses dix ans d'existence le 12 septembre. • PATRICK LESAGE (CLP)
> Contact : Tel.06 74 78 35 86. Site : www.ecurieblanche.fr