Revenu de solidarité inactif
C'est peu dire que le lancement en grandeur nature du revenu de solidarité active va s'effectuer, lundi, dans les pires conditions qui soient. Les 600.000 destructions d'emplois salariés attendues cette année rendent sa mécanique cruellement inopérante. Celle-ci consiste, mieux que ne le faisait depuis vingt ans le revenu minimum d'insertion, à inciter ceux qui vivent ou survivent de la solidarité nationale à se saisir des emplois disponibles. Comment ? En faisant en sorte que, même en tenant compte des compensations sociales et fiscales attachées à l'inactivité, une heure travaillée soit toujours plus avantageuse qu'une heure chômée. Le RSA a été conçu comme un accélérateur de travail pour économie en croissance, pas comme un filet de sécurité pour économie en récession. En cela, il devait être d'une nature différente du RMI et de la prime pour l'emploi. Il est à craindre, hélas, que le RSA vienne à connaître le même sort qu'eux, pas seulement parce qu'il serait victime de la crise. De la trentaine d'expérimentations entamées bien avant l'entrée en récession, il ressort que le mécanisme imaginé par Martin Hirsch améliore faiblement des performances d'insertion déjà très faibles. Ce n'est pas le produit qui est mauvais mais les conditions dans lesquelles il est utilisé. Son principe est rendu inactif par les handicaps structurels qui affectent un marché du travail sur lequel les formations professionnelles sont insuffisantes ou inappropriées, les rigidités encore trop fortes, où les coûts de main-d'oeuvre freinent l'embauche des moins qualifiés. Aussi, peut-être eut-il été préférable de consacrer le milliard et demi d'euros pris aux revenus du patrimoine à mieux préparer le terrain. Car aujourd'hui, des deux objectifs initiaux du RSA qui étaient d'augmenter le retour à l'emploi et de faire reculer la pauvreté, seul le second est en passe d'être atteint. Mais rendre des travailleurs pauvres un peu moins pauvres simplement en leur procurant un complément de ressources financé par la solidarité nationale, ce n'est pas le meilleur de ce que la droite pouvait emprunter à la gauche. Reste le mince espoir, auquel s'accroche Martin Hirsch, que ce petit surcroît de revenus facilite la tâche de ceux qui cherchent à retravailler plus. A défaut, le A du RSA risque de faire aussi long feu que le I du RMI.