Le Revenu d’Existence complément du RSA
| AgoraVox - Paris,France Alors que le débat sur le financement du RSA suscite beaucoup de critiques, une autre piste pour rendre du pouvoir d’achat aux Français et lutter contre la précarité est étudiée en ce moment, à la demande du premier ministre. François Fillon a mandaté un groupe de travail pour réfléchir à la possibilité d’instaurer en France un Revenu d’Existence. C’est une autre logique, compatible avec celles qui existent déjà. Explications Un groupe de travail mandaté par les services de Matignon étudie depuis quelques mois la faisabilité d’un revenu d’existence, que l’on appelle aussi allocation universelle, revenu de base ou encore revenu citoyen. La mission de réflexion lancée par le gouvernement prend appui sur les propositions très argumentées de l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (AIRE) qui, depuis 20 ans, fait la promotion de cette idée « révolutionnaire ». Un principe simple et humaniste Le revenu d’existence est un revenu versé inconditionnellement à chaque citoyen du seul fait de son existence, c’est à dire sans justification de ressource ou d’emploi préalables. Par là même, il concrétise l’appartenance de chacun à la communauté et contribue, ainsi, à la prise en compte et au respect de la personne humaine. Une réforme de société La simplicité du revenu d’existence - inconditionnalité et égalité pour tous - déroute souvent le plus grand nombre : « vision utopique » pour les uns, « impossible réforme » pour les autres. Les ultra-libéraux y voient une incitation à l’oisiveté, la gauche radicale l’interprète fréquemment comme la fin des acquis sociaux.
Le débat prend de l’ampleur Instaurer un revenu d’existence est non seulement possible mais cela existe déjà. En Alaska, depuis 1998, chaque citoyen perçoit une rente d’existence versée annuellement, tirée de la manne pétrolière. Ailleurs, en Europe et dans le monde, le débat est lancé. Au Brésil, le principe du revenu d’existence a été adopté en 2004. La ville de Sao Polo l’expérimente. En Belgique, la proposition est étudiée. En Irlande, une taxe sur les capitaux finance les retraites de base, dans un esprit proche du RE. En Espagne, la Catalogne vient de lancer le débat. En Finlande, il y a quelques années ,le ministre des Affaires Sociales en était un chaud partisan. Le débat reste ouvert. Au niveau mondial, le revenu d’existence est soutenu par un réseau d’universitaires regroupés au sein du BIEN (Basic Income Earth Network) Financement Plusieurs modalités sont envisageables. On ne les exposera pas ici. Pour sa part, l’Aire propose une approche innovante et originale pour le financement des 5 premières années de lancement. Le capital nécessaire sur cette période serait apporté par le réseau bancaire (1), par le biais d’une rente perpétuelle (donc jamais remboursée), la charge des intérêts de la rente à taux modique étant financée par l’Etat (2). Au delà de la 5éme année, la relève serait assurée par l’impôt, mais dans le cadre d’une vaste réforme fiscale à préparer durant la phase de démarrage (3). Mise en œuvre Pour l’Etat comme pour le citoyen, la mise en œuvre du RE passe par la fin d’une barrière psychologique : admettre la perception d’un revenu sans contrepartie en travail, alors que l’on oublie que par le biais des transferts sociaux près de 40% du PIB sont déjà ainsi répartis ! II s’agit aussi de bien mettre en évidence que ce revenu ne peut être une « désincitation » au travail puisque, modique au départ, il ne peut apporter l’opulence, alors qu’il se cumule avec les revenus tirés du travail ou des rentes financières de chacun. Une idée d’une actualité brûlante A terme, le RE remplacerait le RMI. Dores et déjà, il pourrait venir en complément du revenu de solidarité active (RSA). Les deux systèmes ne s’opposent pas. Avec le RSA, on vise l’insertion de l’individu par le travail. Avec le RE, au nom de la dignité de la personne, on commence par lui verser un revenu qu’elle a tout intérêt à compléter par son travail et son insertion dans la vie active. Donc RE et RSA se complètent harmonieusement. Le RE facteur d’intégration sociale Le RE n’a pas la prétention d’être une solution miracle à toutes les formes d’exclusion ou de dérives sociales, mais il se révèle un puissant levier contre la pauvreté. Financé au départ avec le concours des banques, selon la proposition de l’Aire, il donne un regain de pouvoir d’achat sans émarger au Budget de l’Etat, en cette période d’austérité et de contraintes budgétaires. Ce regain de pouvoir d’achat impulsé par le RE est à même de doper l’activité économique et de générer du travail. Il ne supprime pas les orientations politiques plus ou moins libérales ou sociales, mais il est - ce qui est essentiel - un socle de solidarité universelle. Conclusion provisoire Si l’on considère que l’Etat a encore un rôle à jouer dans une économie mondialisée, les citoyens méritent de participer à un débat constructif sur le revenu d’existence car l’Etat pourrait ainsi assurer sa mission principale : créer les conditions favorables pour la libre réalisation de chacun au sein d’une économie libérée, d’un système bureaucratique lourd, où la personne est trop souvent paralysée pour vivre et créer. Et puis, le RE pourrait même être au fondement d’un modèle social européen. Espérons que le rapport commandé par le premier ministre sur le sujet permette d’ouvrir ce débat. Laurent Watrin, avec l’aimable concours de Jacques Berthillier, secrétaire général de l’Aire. (1)Proposition admise par l’union des banques (2)Pour une plus ample information consulter le site : www.revenudexistence.org (3) Réforme reprise ultérieurement sur le site :
|