Le débat sur la mixité sociale à l'école relancé
PARIS (AFP) — Le débat sur la mixité sociale à l'école a été relancé cette semaine avec la révélation d'un rapport jugeant que l'assouplissement de la carte scolaire dégradait la mixité, le ministre de l'Education Xavier Darcos demandant, lui, à être jugé sur la durée.
Dès son arrivée au pouvoir en 2007, le gouvernement a lancé une première étape d'assouplissement de la carte scolaire réservée aux élèves répondant à certains critères (boursiers, handicapés, etc.): 13.500 demandes de dérogations supplémentaires ont été introduites, 77% honorées en collège, 67% en lycée.
Pour la rentrée 2008, deuxième étape: la liberté de choix est cette fois offerte à toutes les familles, dans la limite des places disponibles dans les collèges et lycées. Si le nombre de places ne permet pas de satisfaire toutes les demandes, des "critères prioritaires" (boursiers, handicapés) devront prévaloir.
Au moment même où les affectations en 6ème et en 2nde pour la rentrée sont en passe d'être données, un rapport sur la première étape de l'assouplissement, révélé par Le Monde, a mis en exergue une dégradation accrue de la mixité sociale.
Selon ce rapport d'octobre 2007 rédigé par deux inspecteurs généraux de l'éducation, "c'est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l'épreuve: dans les établissements les plus convoités, il y a peu d'élèves de condition modeste; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu".
Pour y remédier, les auteurs préconisent notamment un "indicateur" de suivi de la mixité sociale.
Aussitôt, le ministre de l'Education Xavier Darcos a fait valoir que sa politique donnait à certains "la possibilité de sortir des ghettos" et qu'elle devait être jugée sur la durée. En effet, il a assuré que les collèges ou lycées qui perdent ou perdront des élèves verront leurs moyens maintenus "afin qu'ils puissent redresser une image dégradée", par exemple en offrant un meilleur soutien ou de nouvelles options.
Si la situation persistait dans "trois à cinq ans", certains des établissements les moins prisés seraient fermés et les élèves répartis "dans d'autres collèges", avec transport scolaire à l'appui, a-t-il ajouté. Et on le répète au ministère: le droit d'affectation dans l'établissement le plus proche a été conservé, ce qui veut dire que les bons collèges ou lycées ne pourront pas refuser les élèves domiciliés dans leur secteur, même s'ils ont été très demandés.
Pour autant, la révélation du rapport a entraîné des critiques pour dénoncer une "logique du ghetto" (syndicats d'enseignants), lancer un appel à un débat public (SOS Racisme) ou encore demander des outils de maintien de la mixité sociale (chefs d'établissements). Le Sgen-CFDT a même proposé un dispositif à mi-chemin entre la suppression complète de la carte scolaire et le maintien du dispositif antérieur dont elle a reconnu qu'il était "souvent contourné" et "aussi" générateur "d'inégalités".
Il s'agirait d'organiser la carte scolaire sur la base de "bassins de formation": dans un périmètre comprenant 4 à 5 collèges et 4 à 5 lycées, pas trop éloignés les uns des autres (c'est-à-dire plutôt en ville), les élèves comme les options seraient répartis équitablement. "La mixité sociale en sortirait renforcée", selon ce syndicat qui a mis en place en son sein un "observatoire de la carte scolaire".