Entretien - Valérie Létard, secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité
« Le droit opposable à la scolarisation, l’objectif c’est de ne pas y avoir recours »
FRANCE-SOIR. Comment s’est déroulée la rentrée pour les enfants handicapés ?
VALÉRIE LÉTARD. Je dirais qu’elle s’est remarquablement passée. C’est ce j’ai pu constater en accompagnant
François Fillon sur le terrain. Cela vaut pour tous les enfants de France et notamment pour les 172.000 enfants handicapés qui sont rentrés à l’école et qui sont 10.000 de plus que l’an dernier. Cette intégration est essentielle car elle change le regard que vous portez sur le handicap. Lorsque, dès le plus jeune âge, vous apprenez à vivre avec vos différences dans un même lieu, à partager des enseignements, à communiquer différemment, eh bien forcément à l’âge adulte, vous ne vous posez plus les mêmes questions que si vous aviez vécu dans deux mondes séparés.
Comment le gouvernement compte-t-il développer cette intégration des enfants handicapés ?
Nous renforçons l’ensemble des dispositifs : 200 nouvelles classes d’intégration scolaires (Clis) pour l’école primaire, 250 nouvelles unités pédagogiques d’intégration (UPI) pour le collège et le lycée, lesquelles doivent faciliter le passage vers les classes dites « ordinaires ». Et pour accueillir ces 10.000 enfants supplémentaires dans les classes ordinaires, le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos s’est engagé à créer 2.000 postes d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) supplémentaires. De notre côté, au secrétariat d’Etat à la Solidarité, nous nous engageons à créer sur cinq ans au total 7.250 places de service d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) pour enfants, qui assurent un accompagnement médico-social renforcé pour les enfants les plus lourdement handicapés. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des familles qui passent entre les mailles du filet. C’est tout l’objectif du numéro Azur qui a été mis en place par l’Education nationale depuis le 15 août pour informer et conseiller les familles : le 0810.55.55.00.
Que pensez-vous de la récente étude de l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) qui montre que 86 % des enseignants sont favorables à l’intégration des élèves handicapés mais que 94 % se disent mal préparés pour cela ?
On ne peut que se féliciter du premier chiffre. C’est formidable d’avoir cette volonté de la part du corps enseignant. En ce qui concerne la formation, il y a eu énormément de moyens supplémentaires dégagés ces dernières années. Maintenant il faut qu’on travaille sur le qualitatif, mais cela est aussi et surtout du ressort du ministère de l’Education nationale. Par exemple à Créteil et à Clermont, tous les enseignants débutants du premier degré suivent un module de formation à l’accueil des élèves handicapés.
Mais même certains professionnels du handicap se plaignent d’être insuffisamment formés.
Les AVS bénéficient de 60 heures de formation. A la rentrée 2007, environ 37 % de ces auxiliaires étaient en attente de cette formation, elles ne sont plus que 5 %. Là aussi, on peut toujours se demander comment faire mieux, chaque année est l’occasion d’un effort supplémentaire. Ainsi il nous faut travailler sur les passerelles entre éducation spécialisée et école ordinaire, car il y a des enfants qui peuvent passer quelques heures par semaine en établissement spécialisé et quelques heures à l’école. Ce travail d’organisation est un vrai petit travail de fourmi : on construit pour l’avenir.
Dans l’enseignement supérieur, les critères d’attribution d’une bourse vont changer et le handicap ne sera plus le seul critère : le revenu des parents, le nombre d’enfants à charge, l’éloignement géographique seront pris en compte. Cela va pénaliser 1.200 étudiants qui ne recevront plus ces bourses d’environ 1.000 euros par an.
En réalité, en plus de la bourse qu’ils continueront à percevoir en fonction de leur situation sociale, les étudiants handicapés vont bénéficier de la PCH, la prestation de compensation du handicap, qui depuis avril dernier s’applique aux étudiants de moins de 20 ans et dont le montant moyen s’élève à 1.300 euros par mois. En outre, les besoins spécifiques liés à l’accès au savoir – prise de notes en braille, traduction en langue des signes, assistance pédagogique, etc. – peuvent être pris en charge par le ministère de l’Enseignement supérieur. On n’est pas dans la substitution, on est dans l’organisation d’une prise en charge plus adaptée. Et, au cas par cas, si des situations posent problème, on les examinera.
Vous avez lancé en mai dernier un « plan autisme » 2008-2010. Où en est-on ?
Un des éléments de ce plan, c’est par exemple la création de six formateurs par département, pour que les professionnels (à l’école, dans des établissements spécialisés, à la maison) puissent bénéficier de tous les outils existants sur les méthodes de prise en charge et d’accompagnement des enfants autistes. Le plan autisme, c’est non seulement 187 millions d’euros de prise en charge, c’est aussi le choix de tout mettre en œuvre pour que l’environnement, du jeune comme de l’adulte autiste, puisse être le plus qualitatif possible. Par exemple dans le domaine médico-social, accompagner les familles et les aider dans le diagnostic le plus précoce possible. On apprend à communiquer avec un enfant autiste, ce n’est pas inné. Un autre aspect très important de ce plan autisme, c’est de permettre l’expérimentation, en France, de méthodes qui ne sont pas nouvelles mais qui, jusqu’alors, n’étaient pas appliquées. C’est véritablement un plan d’envergure, qui nous fait faire un véritable bond en avant dans le développement des méthodes éducatives.
Lors de la campagne présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy avait évoqué la notion de « droit opposable » à la scolarisation, qui permettrait aux parents d’enfants handicapés de poursuivre en justice l’Etat pour le forcer à assurer ses obligations. Qu’en pensez-vous ?
Pour moi le droit opposable à la scolarisation, l’objectif c’est de ne pas y avoir recours. L’objectif est de tout mettre en œuvre pour cela. Cette année, la plate-forme téléphonique mise en place pour la scolarisation des enfants handicapés enregistre moins d’appels que l’année dernière. Même s’il est trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, force est de reconnaître que les solutions existent et qu’elles sont de plus en plus adaptées aux problèmes rencontrés par les parents.
Trois ans après, quel premier bilan, pour les enfants, peut-on tirer de la loi de 2005 ?
La loi de 2005, c’est le changement de regard sur le handicap. Une société qui gère dans des établissements spécialisés ses enfants handicapés et dans des établissements ordinaires ses enfants valides ne peut pas se préparer à une vie en commun, une vie en collectivité. Cela ne veut pas dire que tous les enfants vont aller à l’école ordinaire car il y a des situations de handicap très lourd. Cela veut dire que, à chaque fois que la société peut faire en sorte d’organiser une vie ensemble, dans laquelle on prépare nos enfants à comprendre la différence, à apprendre la tolérance et à voir dans le handicap une richesse, eh bien c’est une société qui se prépare à être une société moderne, une société solidaire. C’est cela tout l’esprit de la loi sur le handicap : c’est l’égal accès de tout à tous. Quand on est capable d’accueillir et de vivre ensemble, tout le monde est tiré vers le haut et tout le monde apprend à vivre malgré ses différences.
Maintenant on est dans l’après-présidentielle, l’après-débat. Moi aujourd’hui, je vois au quotidien un président de la République qui, avec beaucoup de sincérité, prend à cœur la question des personnes en situation de handicap, a mis cela au cœur de sa politique. Régulièrement il nous rappelle la nécessité d’avancer sur la scolarisation des enfants handicapés, la nécessité d’accompagner les plus fragiles d’entre nous. Toutes ces questions sont au cœur de notre projet de société.
Vous avez soutenu la candidature de François Bayrou à cette présidentielle, avant de choisir Nicolas Sarkozy entre les deux tours. Pourquoi ?
Au second tour il fallait choisir entre rester dans le flou ou essayer d’agir. J’ai choisi d’être dans l’action. Aujourd’hui je fais entendre ma sensibilité politique dans le cadre de projets concrets et bénéfiques pour les plus fragiles d’entre nous. Et s’il y a une chose dont je suis certaine, c’est de la détermination et de la sincérité du président de la République dans son engagement pour le handicap. On ne peut pas les mettre en doute.
En mai dernier s’est créé le Nouveau Centre, dont vous êtes présidente déléguée, aux côtés notamment d’Hervé Morin, André Santini ou Christian Blanc. Comment un membre du Nouveau Centre se sent-il au sein de l’actuel gouvernement ?
Je me sens plus que jamais bien, en tant que Nouveau Centre, dans un gouvernement qui a fait un geste, en direction de la solidarité, remarquable. Le revenu de solidarité active (RSA) de Martin Hirsch me rassure et me confirme dans le choix que j’ai fait d’accompagner un gouvernement d’ouverture. Je suis très fière, avec ma sensibilité centriste, avec une vraie fibre sociale, de faire partie d’un gouvernement qui prend vraiment en compte la solidarité, comme il prend en compte le handicap.
VALÉRIE LÉTARD. Je dirais qu’elle s’est remarquablement passée. C’est ce j’ai pu constater en accompagnant
François Fillon sur le terrain. Cela vaut pour tous les enfants de France et notamment pour les 172.000 enfants handicapés qui sont rentrés à l’école et qui sont 10.000 de plus que l’an dernier. Cette intégration est essentielle car elle change le regard que vous portez sur le handicap. Lorsque, dès le plus jeune âge, vous apprenez à vivre avec vos différences dans un même lieu, à partager des enseignements, à communiquer différemment, eh bien forcément à l’âge adulte, vous ne vous posez plus les mêmes questions que si vous aviez vécu dans deux mondes séparés. Comment le gouvernement compte-t-il développer cette intégration des enfants handicapés ?
Nous renforçons l’ensemble des dispositifs : 200 nouvelles classes d’intégration scolaires (Clis) pour l’école primaire, 250 nouvelles unités pédagogiques d’intégration (UPI) pour le collège et le lycée, lesquelles doivent faciliter le passage vers les classes dites « ordinaires ». Et pour accueillir ces 10.000 enfants supplémentaires dans les classes ordinaires, le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos s’est engagé à créer 2.000 postes d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) supplémentaires. De notre côté, au secrétariat d’Etat à la Solidarité, nous nous engageons à créer sur cinq ans au total 7.250 places de service d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) pour enfants, qui assurent un accompagnement médico-social renforcé pour les enfants les plus lourdement handicapés. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des familles qui passent entre les mailles du filet. C’est tout l’objectif du numéro Azur qui a été mis en place par l’Education nationale depuis le 15 août pour informer et conseiller les familles : le 0810.55.55.00.
Que pensez-vous de la récente étude de l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) qui montre que 86 % des enseignants sont favorables à l’intégration des élèves handicapés mais que 94 % se disent mal préparés pour cela ?
On ne peut que se féliciter du premier chiffre. C’est formidable d’avoir cette volonté de la part du corps enseignant. En ce qui concerne la formation, il y a eu énormément de moyens supplémentaires dégagés ces dernières années. Maintenant il faut qu’on travaille sur le qualitatif, mais cela est aussi et surtout du ressort du ministère de l’Education nationale. Par exemple à Créteil et à Clermont, tous les enseignants débutants du premier degré suivent un module de formation à l’accueil des élèves handicapés.
Mais même certains professionnels du handicap se plaignent d’être insuffisamment formés.
Les AVS bénéficient de 60 heures de formation. A la rentrée 2007, environ 37 % de ces auxiliaires étaient en attente de cette formation, elles ne sont plus que 5 %. Là aussi, on peut toujours se demander comment faire mieux, chaque année est l’occasion d’un effort supplémentaire. Ainsi il nous faut travailler sur les passerelles entre éducation spécialisée et école ordinaire, car il y a des enfants qui peuvent passer quelques heures par semaine en établissement spécialisé et quelques heures à l’école. Ce travail d’organisation est un vrai petit travail de fourmi : on construit pour l’avenir.
Dans l’enseignement supérieur, les critères d’attribution d’une bourse vont changer et le handicap ne sera plus le seul critère : le revenu des parents, le nombre d’enfants à charge, l’éloignement géographique seront pris en compte. Cela va pénaliser 1.200 étudiants qui ne recevront plus ces bourses d’environ 1.000 euros par an.
En réalité, en plus de la bourse qu’ils continueront à percevoir en fonction de leur situation sociale, les étudiants handicapés vont bénéficier de la PCH, la prestation de compensation du handicap, qui depuis avril dernier s’applique aux étudiants de moins de 20 ans et dont le montant moyen s’élève à 1.300 euros par mois. En outre, les besoins spécifiques liés à l’accès au savoir – prise de notes en braille, traduction en langue des signes, assistance pédagogique, etc. – peuvent être pris en charge par le ministère de l’Enseignement supérieur. On n’est pas dans la substitution, on est dans l’organisation d’une prise en charge plus adaptée. Et, au cas par cas, si des situations posent problème, on les examinera.
Vous avez lancé en mai dernier un « plan autisme » 2008-2010. Où en est-on ?
Un des éléments de ce plan, c’est par exemple la création de six formateurs par département, pour que les professionnels (à l’école, dans des établissements spécialisés, à la maison) puissent bénéficier de tous les outils existants sur les méthodes de prise en charge et d’accompagnement des enfants autistes. Le plan autisme, c’est non seulement 187 millions d’euros de prise en charge, c’est aussi le choix de tout mettre en œuvre pour que l’environnement, du jeune comme de l’adulte autiste, puisse être le plus qualitatif possible. Par exemple dans le domaine médico-social, accompagner les familles et les aider dans le diagnostic le plus précoce possible. On apprend à communiquer avec un enfant autiste, ce n’est pas inné. Un autre aspect très important de ce plan autisme, c’est de permettre l’expérimentation, en France, de méthodes qui ne sont pas nouvelles mais qui, jusqu’alors, n’étaient pas appliquées. C’est véritablement un plan d’envergure, qui nous fait faire un véritable bond en avant dans le développement des méthodes éducatives.
Lors de la campagne présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy avait évoqué la notion de « droit opposable » à la scolarisation, qui permettrait aux parents d’enfants handicapés de poursuivre en justice l’Etat pour le forcer à assurer ses obligations. Qu’en pensez-vous ?
Pour moi le droit opposable à la scolarisation, l’objectif c’est de ne pas y avoir recours. L’objectif est de tout mettre en œuvre pour cela. Cette année, la plate-forme téléphonique mise en place pour la scolarisation des enfants handicapés enregistre moins d’appels que l’année dernière. Même s’il est trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, force est de reconnaître que les solutions existent et qu’elles sont de plus en plus adaptées aux problèmes rencontrés par les parents.
Trois ans après, quel premier bilan, pour les enfants, peut-on tirer de la loi de 2005 ?
La loi de 2005, c’est le changement de regard sur le handicap. Une société qui gère dans des établissements spécialisés ses enfants handicapés et dans des établissements ordinaires ses enfants valides ne peut pas se préparer à une vie en commun, une vie en collectivité. Cela ne veut pas dire que tous les enfants vont aller à l’école ordinaire car il y a des situations de handicap très lourd. Cela veut dire que, à chaque fois que la société peut faire en sorte d’organiser une vie ensemble, dans laquelle on prépare nos enfants à comprendre la différence, à apprendre la tolérance et à voir dans le handicap une richesse, eh bien c’est une société qui se prépare à être une société moderne, une société solidaire. C’est cela tout l’esprit de la loi sur le handicap : c’est l’égal accès de tout à tous. Quand on est capable d’accueillir et de vivre ensemble, tout le monde est tiré vers le haut et tout le monde apprend à vivre malgré ses différences.
Le RSA « me confirme dans le choix que j’ai fait d’accompagner un gouvernement d’ouverture »
Lors du fameux débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle, le 3 mai 2007, le moment fort avait été l’accrochage à propos des handicapés, la candidate socialiste accusant son opposant « d’immoralité du discours politique ». A l’époque, comment aviez-vous réagi devant votre téléviseur ?Maintenant on est dans l’après-présidentielle, l’après-débat. Moi aujourd’hui, je vois au quotidien un président de la République qui, avec beaucoup de sincérité, prend à cœur la question des personnes en situation de handicap, a mis cela au cœur de sa politique. Régulièrement il nous rappelle la nécessité d’avancer sur la scolarisation des enfants handicapés, la nécessité d’accompagner les plus fragiles d’entre nous. Toutes ces questions sont au cœur de notre projet de société.
Vous avez soutenu la candidature de François Bayrou à cette présidentielle, avant de choisir Nicolas Sarkozy entre les deux tours. Pourquoi ?
Au second tour il fallait choisir entre rester dans le flou ou essayer d’agir. J’ai choisi d’être dans l’action. Aujourd’hui je fais entendre ma sensibilité politique dans le cadre de projets concrets et bénéfiques pour les plus fragiles d’entre nous. Et s’il y a une chose dont je suis certaine, c’est de la détermination et de la sincérité du président de la République dans son engagement pour le handicap. On ne peut pas les mettre en doute.
En mai dernier s’est créé le Nouveau Centre, dont vous êtes présidente déléguée, aux côtés notamment d’Hervé Morin, André Santini ou Christian Blanc. Comment un membre du Nouveau Centre se sent-il au sein de l’actuel gouvernement ?
Je me sens plus que jamais bien, en tant que Nouveau Centre, dans un gouvernement qui a fait un geste, en direction de la solidarité, remarquable. Le revenu de solidarité active (RSA) de Martin Hirsch me rassure et me confirme dans le choix que j’ai fait d’accompagner un gouvernement d’ouverture. Je suis très fière, avec ma sensibilité centriste, avec une vraie fibre sociale, de faire partie d’un gouvernement qui prend vraiment en compte la solidarité, comme il prend en compte le handicap.
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